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Fracture Generationnelle Dissertation

1Devenu un classique de la sociologie des âges de la vie, l’ouvrage d’Olivier Galland s’attache à tracer les contours d’une définition sociale de la jeunesse. Pour cela, l’auteur mobilise un ensemble de travaux, aussi bien empiriques que théoriques, en sociologie mais aussi en psychologie et en histoire, nous permettant d’appréhender les diverses modalités de l’expérience sociale de la jeunesse. Grâce à de fréquentes incursions dans le temps, le sociologue nous invite à saisir la complexité de la réalité contemporaine de la jeunesse et les nouveaux enjeux qui lui sont liés. Cette cinquième édition a d’ailleurs le mérite d’actualiser les recherches sur le sujet, incorporant les récentes études qui ont trait aux transformations de l’entrée dans la vie adulte, mais aussi à la culture adolescente ou encore aux usages des technologies communicationnelles.

2L’ouvrage débute par une perspective sociohistorique des différentes manières de penser et de considérer la jeunesse, depuis l’invention de cette catégorie sous l’Ancien Régime jusqu’au moment où elle devient paradigme sociologique. Levons tout de suite le doute : cette attention à l’égard de la jeunesse a longtemps concerné exclusivement les jeunes des classes dominantes et, parmi ceux-ci, les seuls garçons. Il faudra attendre le xxe siècle et en particulier les débuts de la sociologie de la jeunesse, c’est-à-dire l’émergence de la question de la socialisation, pour que l’attention soit portée à l’ensemble de la jeunesse, d’abord autour de la description des cultures juvéniles, et plus tardivement aux jeunes des classes populaires, notamment au travers du thème du déclassement. Tantôt envisagés comme force de progrès, mais plus souvent représentés sous un jour menaçant, les jeunes, comme le montre l’auteur, constituent une catégorie à travers laquelle la société continue d’exprimer ses craintes et ses espoirs.

3Dans un second temps, l’auteur s’applique à mettre en avant une vision de la jeunesse comme période de transition, scandée en diverses étapes et différents rythmes. Si l’on doit faire le constat, aujourd’hui, de l’affaiblissement, voir de la disparition des rites de passage au cours de cet âge de la vie, il serait certainement erroné de ne pas prendre en compte l’existence de ces seuils et donc d’évacuer la question des transitions menant à l’âge adulte. Sans doute faut-il, en premier lieu, attribuer ce brouillage des étapes de la vie juvénile aux transformations des formes d’encadrement : les politiques publiques sont devenues moins structurantes, s’orientant dorénavant autour de la seule problématique de l’insertion, et la scène scolaire constitue de fait aujourd’hui l’univers principal de la socialisation des jeunes, le rôle de la famille continuant à s’affaiblir, tout au moins dans son rôle de transmission. L’auteur, pour finir, constate la généralisation du processus d’allongement de la jeunesse, insistant sur le rôle de la prolongation de la scolarisation qui contribue à repousser toujours plus tard l’accès au statut d’adulte. Toutefois, on peut regretter ici que ne soit pas évoquée l’autre facette de la transformation de la jeunesse, en l’occurrence son processus de prématuration, donc les travaux récents qui mettent en évidence l’émergence d’un âge pré-adolescent.

4La dernière partie de l’ouvrage se donne pour ambition de dépeindre la sphère culturelle de la jeunesse contemporaine. L’auteur part d’un apparent paradoxe : alors que la polarisation sociale de la jeunesse paraît toujours aussi forte, la fracture générationnelle toujours aussi structurante, l’époque se caractérise par un mouvement d’homogénéisation culturelle chez les jeunes. Cela se manifeste en premier lieu par un rapprochement des valeurs entre générations, dont on peut trouver les signes dans une analyse minutieuse des attitudes politiques et du rapport des jeunes à la religion, dès lors qu’on a pris soin d’éliminer l’effet d’âge. Sans doute la singularité des jeunes aujourd’hui réside-t-elle dans leur adhésion à une « culture des pairs », conséquence d’une nouvelle autonomie relationnelle, où les nouvelles technologies communicationnelles prennent toute leur place. Ainsi, prenant ses distances avec une sociologie de la domination, l’auteur met en avant l’idée d’un éclectisme culturel propre à la période juvénile, accordant, à la suite de Dominique Pasquier1, une place importance à la « sociabilité horizontale » dans la définition des pratiques de loisirs, mais oubliant sans doute un peu vite que cette transmission par les pairs se révèle souvent marquée socialement.

5Malgré ces quelques objections, l’ouvrage d’Olivier Galland constitue une référence et mérite l’attention du lecteur pour sa prise en compte de la complexité des questions relatives à la jeunesse et de la diversité des approches du sujet, offrant par ailleurs aux initiés une riche bibliographie. C’est donc un point de départ indispensable pour toute personne qui s’intéresse à ces problématiques et souhaite approfondir la question des recompositions affectant la jeunesse contemporaine.

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Rendons à César ce qui est à César et à Louis Chauvel ce qui lui revient. C'est en effet à ce jeune démographe que l'on doit d'avoir démontré, il y a onze ans, statistique à l'appui, que le « destin des générations », en France, était largement conditionné par l'état du marché du travail au moment de la sortie des études. Ainsi la trajectoire professionnelle d'un individu - retraite comprise - dépend de ce qu'il a commencé à travailler en période de plein emploi ou en période de chômage. Un tel rapprochement entre des gens nés à la même époque avait bien de quoi fonder la « politique générationnelle » évoquée par la revue Vacarme dans sa livraison de printemps. D'autant que Chauvel a tiré les conséquences de ses travaux, en montrant le caractère profondément injuste du système, je cite : « Depuis vingt ans, les jeunes ont servi de variable d'ajustement. En cas de ralentissement, on stoppe le recrutement, puis on licencie les derniers embauchés. Les jeunes se retrouvent avec des vides sur leurs CV que n'ont jamais connus leurs aînés. La France les a sacrifiés depuis vingt ans pour conserver son modèle social, modèle qui profite essentiellement aux baby-boomers. » Or, ce n'est plus le « ralentissement » qui est désormais à l'ordre du jour, mais bel et bien une récession, avec une chute de 3,3 » % du PIB, cette année, selon l'OCDE. Notre étrange « modèle », qui rendait déjà extrêmement difficile en temps « normal », l'insertion professionnelle des jeunes, est en train de les exclure. Le taux d'emploi des 15/24, qui était de 38 % avant la crise (contre 50 % en moyenne dans l'UE) est en train de chuter au point que le gouvernement tente de mettre en place une politique spécifique pour cette tranche d'âge, sous la responsabilité de Martin Hirsch. Notre pays est-il menacé d'une rupture entre les générations - qui recouvrirait en partie le clivage entre « inclus » et précaires ? Correspond-il au clivage droite-gauche ?

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